La rockhouse

je suis allée au refuge
comme on s’éloigne d’un bruit
sans savoir lequel
mon refuge perché
retiré du sol
distant des flux
pris entre deux masses rocheuses
une pause dans la matière
la neige tapée
le silence
les arbres nus
ce n’est pas un havre calme
c’est un havre tenu
un havre en équilibre
comme moi
mon refuge est
là où ça tient sans tomber
ici le monde s’arrête
sans disparaître
je ne cherche pas le calme
il est déjà là
à l’œuvre
une respiration retenue dans la pierre
rien ne pousse
rien ne presse
quelque chose pourrait céder
mais ne cède pas
dans cet équilibre improbable
je fais des siestes de mes soucis
je reste là
comme le lieu
sans insister
28 mars
printemps encore hiver
un frisson dans les mains
le lieu me prend telle que je suis
pas en paix
mais sans résistance
je deviens anse
une anse dans la forêt
ce qui coulait sans cesse
ralentit
hésite
se laisse voir
le calme n’est pas parfait
le courant tient
c’est tout
et pour une fois
pensées
ruminations
remous
je n’essaie pas
de corriger

LSB, Saint-Faustin et Gatineau, mars 2026
