Les lignes d’air du Deuil

I
Le deuil est un ciel aux multiples reflets,
où les contradictions s’effacent.
Tout est rond.
Tout est plein.
II
En tant que bécassine aux ailes lourdes,
je peux voler et avoir mal de voler.
Franchir de grandes distances,
mais l’horizon recule toujours.
Caresser les nuages en pleurant leur lumière.
Guérir et saigner.
Porter le poids de l’air
dans chaque battement.
III
La résilience,
ce sont ces «malgré»
qui auraient pu être des ciseaux,
mais qui ne me coupent pas les Ailes.
Des «malgré» qui ne sont pas une lutte contre,
mais un vol à travers l’orage
jusqu’à ce qu’il se dissolve en bruine.
Doux cliquetis sur les plumes.
Répit au cœur de la bourrasque.
IV
Tu es parti au ciel.
D’abord, ton silence infini.
Ne pas le nommer, l’accueillir seulement.
Un souffle retenu
dans la gorge du temps.
Puis, apprendre à se poser.
Construire une volière aux fenêtres ouvertes.
Présenter au monde
un sourire d’oiseau bienveillant.
Préserver le nid secret
de nos braises d’étoiles.
V
« Ça va? » — Oui, ça va.
Feindre d’aller,
sans être faux ni menteur.
Ça vole encore,
mais autrement.
Les Autres ne voient
que le tracé dans l’air,
pas la fatigue des ailes,
ni la cendre tiède sous les plumes,
qui attend l’étincelle.
VI
Est-ce que ça passe, ou ça casse, le deuil?
Ou ça demeure?
Suspendu comme un nuage
qui ne pleure jamais tout à fait?
Je parcours ce ciel
qui n’est pas exactement le tien.
Sous mes ailes,
tous les paysages sont possibles:
la tristesse de la perte,
le soulagement d’avoir su laisser aller.
Tout s’embrasse
dans un même vol.
Le deuil est ce ciel rond,
plein de cœur,
où tout se ressent puissamment en même temps.
LSB, Gatineau, septembre 2025
