Ce n’est pas un éloge, c’est un égloge, Chéridoux!

3 mars 2025 Non Par Laurence_Baribeau

Cher David, tu es décédé le vendredi 17 janvier 2025.

Voici le texte que j’ai lu lors de ta célébration de vie le dimanche 23 février à Gatineau.


David Laprise (1982-2025)

Coucoudoux Chéridoux! Bixous…

Shui super contente de te voir, il me semble que ça fait longtemps… 

J’avais hâte qu’on se retrouve.

Ça va bien à la maison, les chats sont nourris, dorlotés:  ils ont toute mon attention.

Je veille au grain.

Aussi, je m’occupe des inventaires.

Y’a pas de rupture de stock. Tu serais content… 

Tu dirais: «tu l’as l’affaire, Chéridouce!»


Mais, quand même, je m’ennuie.

Tu me manques énormément. T’as pas idée!

C’est bien silencieux sans toi sur la rue Nobert et sans les livreurs d’Amazon qui venaient sonner, nous rendre visite,  5 à 6 par jour.  L’entreprise Amazon, au Québec, qui d’ailleurs n’aura pas survécu une semaine à ton décès. 

On les comprend, ils ont perdu leur meilleur client…

Avec toi, c’était Noël tous les jours.


Ah. c’t’une blague Chéridoux, tu le sais, tu me connais: j’essaye de te faire rire!

J’ai toujours adoré te faire rire. 

Et j’y parvenais. J’étais bonne là-dedans. 

Alors, je te gâtais et je me gâtais aussi. 

Et après une de mes jokes, un de mes calembours ou un de mes jeux de mots douteux,

 tu remplissais l’univers de ton rire caractéristique, profond et généreux.

(Essayer d’imiter…) Non, shu pas capable!

Ton rire était inimitable. Comme ta signature, d’ailleurs, une vraie signature de l’âme, ton rire,  qui révélait toute ta gentillesse, ta musique, tes notes à toi.

Je suis sûre que ton rire résonne à l’heure qu’il est, et qu’il résonnera encore dans le cœur et l’esprit de tous ceux qui t’ont connu et fréquenté. (L’entendez-vous?)


David, je prends la parole devant la famille et les amis aujourd’hui pour faire ton éloge, mais ce n’est pas un éloge, c’est un égloge!

Oui, un égloge, tel que l’a écrit Ionesco dans la pièce Jacques ou la soumission, pièce de théâtre absurde, dans laquelle nous avons joué ensemble au Cégep. C’est là qu’on s’est connu. On jouait les rôles de mari et femme. C’était prémonitoire.


C’est au théâtre qu’on s’est rencontré, mais c’est bien des années plus tard que nos chemins se sont réellement croisés, lors d’un souper à la Belle verte en février 2016. Rapidement, ça a cliqué. Tout de suite ça a été facile. Plus tard on s’est dit: heille, on est chanceux de s’être trouvé! Après tout, toi et moi,  on est deux bibittes, deux marginaux, deux personnes pas faciles à caser, qui ont été célibataires longtemps. Célibataire involontaire, comme tu disais, David. Pis des fois on pesait sur nos amis à cause de ça. Mais on s’est trouvé. Yéééééé. Et tout s’est mis à mieux aller.


Ensemble, on était une équipe fantastique. 

Avec des points communs, les deux, on aimait notre solitude, on aimait être créatif,  jouer dans nos patentes, s’ensevelir dans nos projets de passion. Toi avec ta musique, ton studio, moi avec la lecture, l’écriture, le jardinage. On respectait beaucoup nos obsessions réciproques. On s’informait: «pis toi, t’en es où dans ton projet?». 

On était semblables, mais aussi différents, donc complémentaires. 

Tu excellais en informatique tandis que je m’y prenais et m’y prends toujours comme un pied. Je pense que tu n’as jamais cuisiné un repas en presque 9 ans de vie commune… (OK j’exagère). Heureusement, j’aimais popoter. Aussi, tu étais super casanier, indécollable de la maison,  alors que j’adore le plein air, j’adore sortir, aller voir ailleurs si j’y suis. Souvent, il fallait que je te pousse un peu pour partir à l’aventure, mais j’ai réussi et  tu m’as suivi: au chalet, en Nouvelle-Écosse, en camping, dans des refuges… Des moments fantastiques. Si c’est pas une belle preuve d’amour, ça? Dépasser sa zone de confort. 


On a chacun contribué à agrandir notre univers, l’univers de l’un et de l’autre.

On pouvait se reposer l’un sur l’autre. 

On était une très belle équipe, toi et moi. 


C’est pas juste que tu sois parti. Franchement, parfois, quand j’y pense, ça me met en colère. On s’aimait nous. On allait bien nous. Y’a tellement de couples qui vont mal, des couples mal assortis, c’était pas notre cas. Donc, c’est profondément injuste. 


David, pendant toute cette lutte contre le cancer, que tu as mené, que nous avons mené ensemble, avec toute ta famille, tu t’es rarement plaint, mais des fois tu disais:  

«Je m’excuse là, mais j’ai envie de dire: maudit cancer!  Et je le répétais avec toi  

«maudit cancer!»  Et… Dites-le avec moi: «maudit cancer!».

Voilà, c’est dit. Merci, ça fait du bien…


Chéridoux, David, tu es parti trop tôt, mais je dois dire que je n’ai aucun regret d’être allé avec toi, malgré ton cancer.

Ça a été un grand bonheur de partager ta vie, de faire un beau bout de chemin avec toi, de mêler mon univers au tien, livres et disques partout, qui trainent… 

Toujours de la musique, une playlist pour toutes les occasions…


Pendant toutes ces années nous avons vécu avec le cœur, par le cœur, le cœur absolu.


Ça a été mon privilège d’être ta Chéridouce et de t’accompagner jusqu’à la fin, jusqu’à la toute fin, jusqu’à ce moment de la respiration terminale qui a duré 5h de temps, à la maison de soins palliatifs le Monarque. Tu voulais vivre et tu t’es accroché jusqu’au bout. Jusqu’à ce que ça fasse ton affaire de partir, jusqu’à ce que toute ta famille puisse te rejoindre, être à tes côtés, puis tu es parti paisiblement, sereinement, dans la lumière tamisée de la chandelle. Un beau soir d’hiver.


Sauf votre respect, y’a des gens qui meurent, et ce n’est pas une grande perte. Ce monde est malheureusement peuplé de colériques, d’hypocrites, de narcissiques. De fous et de fourbes. Des lourds. Mais David, tu étais un des légers,  un de ceux qui font du bien,  et depuis que tu n’es plus là, ça se sent. Le monde a changé. Le monde a perdu quelque chose de beau. Vous me direz que j’ai un parti pris, mais moi je pense que je suis empiriquement neutre quand je dis que tu étais une personne facile, gentille, agréable, ouverte, positive, humble, humaine, attachante, etc. Ami des animaux, doué en informatique, etc.  Et si ça se trouve, c’est les personnes comme toi, David, les personnes légères,  tous les ptits David de l’univers, qui font que ça tient en orbite, que ça tient dans les airs, que ça reste sur son axe,  c’te planète-là. Que ça s’écrase pas. Que ça tourne rond, comme ça devrait tourner. 


Ah. 


Repose en paix, David.

Tu t’es bien battu.

Tu as bien fait.

T’en as fait assez. 


Où que tu sois, maintenant, prends ta liberté, prends ta lumière, prends la toute.

T’as le droit de venir nous voir, si tu veux, de nous faire des signes, mais t’es pas obligé.

Y’a pu de to-do list où tu te trouves.

C’est le calme bien mérité du guerrier pacifique.


Où que tu sois, Chéridoux, tu restes et resteras toujours,

un morceau du paysage de mon amour.

Une énergie colorée de rouge. 

Une lumière très belle et très tendre.

Un vent chaud.

Une brise

Une bise enveloppante. 


Merci pour tout. Merci de te loger en moi comme un ange.


David, où que tu sois, j’espère que tu chill à souhait. Que tu chill tout ton saoul!

D’ailleurs si tu étais ici, et tu es ici, je sais que tu voudrais dire à toute ta famille, à tes amis, à tes collègues: «Chillez!». 

C’est important de chiller. Se reposer quand on doit se reposer. 

Prendre la vie du bon côté. 

Pis si en plus on peut se taper une bonne bouffe, pourquoi pas… 

Alors, «Chillez, et chillez donc tous!». 

Vous ferez ceci en mémoire de moi.

Amen.

Amène-z’en d’la guit, des synthétiseurs, pis toute le kit!

PARTY!


merci


LSB, Gatineau, janvier-février 2025